Une soirée de bienfaisance sous les chandeliers de l’Ambassadeur de la Russie

Le jeudi soir en France est la période des afterworks, un moment qu’on aime bien partager avec des amis autour d’un verre, d’une bonne conversation et d’une soirée hors de la maison. Mon afterwork du 2 jeudi 2017 avait tous les ingrédients nécessaires pour profiter de Paris by night, sauf que ce n’était pas juste un verre, mais une coupe de champagne. Ce n’était pas juste une conversation mais une conversation avec des intellectuels français et des descendants d’émigrés Russes de la première vague d’émigration. Et la soirée n’était pas juste une sortie ordinaire, mais un concert de bienfaisance dans le cadre très chic de l’hôtel d’Estrées, résidence de l’Ambassadeur russe en France.

Quand Zoya Arrignon, présidente de l’association La Renaissance française en Russie m’a invité à assister à cette magnifique soirée, habituée aux soirées mondaines assez ennuyeuses, je m’apprêtais à faire simple acte de présence. Mais j’ai été très agréablement surprise de retrouver une ambiance très chaleureuse et amicale que seuls Zoya et Jean-Pierre Arrignon pouvaient créer en rassemblant autour d’un concert de chambre une centaine de personnes.

Zoya Arrignon

La Renaissance française est une association parmi les plus anciennes de la francophonie. Elle a été créée en 1915 par le président Raymond Poincaré et a pour objectif de participer au rayonnement de la culture française, de veiller à la protection des patrimoines et de contribuer au rapprochement des peuples. Sa délégation russe a décidé de collecter des fonds pour la restauration de la tombe du compositeur Sergueï Lyapounov, décédé en France et enterré au cimetière parisien des Batignolles. Mais au lieu de faire un appel traditionnel de fonds par courrier et de s’arrêter là, afin de remercier les donateurs, Zoya Arrignon les a invité à un concert de musique classique en hommage au compositeur russe, suivi par un cocktail dinatoire.

photo de la sépulture

Sergueï Lyapounov est un compositeur un peu oublié de nos jours. Pourtant, c’était un pianiste très authentique qui a joué à la Chapelle Impériale quand les évènements tragiques de la Révolution d’octobre l’ont poussé à quitter la Russie pour Paris. Ce jeudi dernier c’est Constantin Khachikyan, le jeune prodige de 21 ans du Conservatoire d’Etat de Moscou de Piotr Ilitch Tchaïkovski qui s’est rendu exprès à Paris pour donner un récital afin de rendre hommage à Sergueï Lyapounov. Zoya Arrignon a souligné que le Conservatoire est un partenaire fidèle de longue date des manifestations de la Renaissance française en Russie, et que c’est toujours un plaisir de travailler avec eux car ses jeunes musiciens n’hésitent pas à venir jouer gracieusement au nom du développement des relations franco-russes.

MusicienConstantinKhachikyan

Le concert a été accueilli par l’Ambassadeur russe en personne dans le Salon rouge de sa résidence. Dans son discours d’accueil Alexandre Orlov a salué les talents d’organisatrice de Zoya Arrignon et a promis que l’on « va passer une belle soirée dont on va se réjouir ensemble et passer de bons moments ». Et il ne s’est pas trompé.

Zoya Arrignon et Alexandre Orlov

Le programme musical a été très bien choisi. Constantin Khachikyan, premier Prix du Concours Frédéric Chopin, a commencé par la mazurka et une valse de son compositeur préféré. Le lyrisme des compositions très connues du pianiste Polonais a créé un vrai contraste avec l’énergie du Fleuve Terek, l’œuvre emblématique de Sergueï Lyapounov. On aurait dit qu’on pouvait entendre le bourdonnement et l’écoulement de ce fleuve, tant la musique a réussi à nous transporter dans les montagnes caucasiennes. En faisant un intermède avec les classiques de Franz Liszt et de Claude Debussy, le concert s’est terminé avec les préludes très mélodieux, voués à calmer les esprits, de Sergueï Rachmaninov, autre compositeur russe.

PublicSoiréeLyapounov

Après cette partie qui a ravi nos oreilles, on nous a invité à nous remplir le ventre dans les deux magnifiques salons doré et vert d’à côté. Le cocktail dinatoire a été offert gracieusement par l’Ambassade russe et le buffet a fait son effet : la table débordait de hors d’œuvres issus de la cuisine russe traditionnelle. J’ai eu juste une minute pour prendre une photo de cette abondance festive avant qu’elle ne disparaisse à la plus grande satisfaction des invités.

Buffet

Tout le monde se sentait à l’aise, les gens faisaient de belles rencontres, bavardaient et passaient les « très bons moments » que M. l’Ambassadeur nous avait promis. Zoya Arrignon m’a confié le secret de la réussite de cette soirée magique. L’ambiance presque familiale a été due au fait que parmi les invités il n’y avait « que des amis et de bonnes connaissances de notre famille. Il y a beaucoup de Français, environ 90 %. Nous avons invité tous nos copains, et tout le monde a répondu « présent ». Et ceux qui n’ont pas pu venir ont quand même envoyé leurs dons. Ici on a des membres du ministère des Affaires Etrangères, des membres de la Renaissance Française, de Normandie-Niemen, d’Euro Défense, des membres du Conseil Européen qui sont arrivés de Belgique… Il y a aussi des gens qui sont venus du Luxembourg, de la Suisse, de la Russie… Malgré le fait que parmi les invités peu sont liés directement à la Russie, c’était une agréable surprise de constater cette mobilisation de la part des Français pour une soirée en hommage d’un compositeur russe. »

AmbianceSoiréeLyapounov

Les miroirs reflétaient la lumière des chandeliers du XIXème siècle, les gens parlaient entre eux, et grâce à cette ambiance chaleureuse on en oubliait presque que l’on se trouvait à la Résidence Officielle de l’Ambassadeur de la Russie. On oubliait toutes les tensions politiques et économiques qui refroidissent encore aujourd’hui les relations franco-russes. Quelle magnifique initiative que d’organiser cette soirée ! Non seulement les fonds nécessaires pour la restauration de la tombe de Sergueï Lyapounov ont été rassemblés, mais la soirée a pu tisser plus de liens entre les Russes et les Français, a démontré une fois encore que l’amitié franco-russe est au-dessus des conflits d’intérêts politiques.

Elena Razvozzhaeva-Briollet

Chandelier

 

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