La Russie et la France ont décidé du sort des “Mistrals”

Mistral

Cette semaine les porte-hélicoptères infortunés que, selon les termes du contrat signé, Paris doit remettre à Moscou, sont de nouveau au centre des actualités. L’adjoint du président russe aux questions de coopération militaire et technique Vladimir Kozhin a exprimé l’espoir que la question est sur le point d’être résolue :

«J’espère que d’ici peu les parties signeront l’accord sur la résiliation du contrat et que nous pourrons communiquer la somme que la France nous paiera».
Ces propos de Kozhin ont été interprétés comme une annonce de nouvelles annexes du contrat concernant les réparations des dommages et intérêts que Paris payera à la Russie, suite à son refus de livrer les deux bateaux à notre pays.

 
L’affaire “Mistral” dure depuis plus d’un an. Le premier contrat a été signé le 17 Juin 2011 entre “Rosoboronexport” et la société DCNS. La valeur du contrat s’élevait à 1,2 milliards d’euros. Mais en Novembre 2014, il est devenu clair que la France refuserait de se conformer aux termes de l’accord conclu. Depuis le printemps, le vice-Premier ministre Dmitri Rogozhin, et le secrétaire général à la défense et à la sécurité nationale de France, Louis Gauthier, négociaient les détails de la résiliation du contrat, et en particulier le montant des dommages dus à la partie russe.

 
Initialement, la France a proposé de ne rembourser que € 784,6 millions d’euros, tandis que la Russie avait déjà payé une avance de 892,9 milliards. Cette situation était absolument inacceptable pour la Russie. Moscou a donc exigé, en plus du remboursement des sommes déjà versées, de rembourser les dépenses déjà engagées par les Russes pour la formation en France de 400 marins, ainsi que pour la construction d’infrastructures pour les porte-hélicoptères à Vladivostok et pour la construction de quatre hélicoptères Ka-52K. Cela a augmenté la somme demandée à € 1,163 milliards. Il est prévu que cet argent couvre également les frais Russes correspondant au démontage du système de gestion et de communication sur les porte-hélicoptères. En même temps, les Français garderont les poupes des “Mistral”, dont la construction a coûté au chantier naval de Saint-Pétersbourg 60,2 millions d’euros, tandis que le ministère de la Défense Russe leur transmettra les brevets, après avoir reçu de l’argent en réparation.

 
Cette dernière nouvelle sur de la rupture définitive du contrat de livraison des “Mistrals” ainsi que l’accord du gouvernement français à indemniser la Russie pour la somme de 1,163 milliards d’euros a déclenché une nouvelle vague d’indignation de l’opinion publique en France. Tout d’abord, la majorité des Français soutiennent le respect des obligations en vertu du contrat signé, car sinon cela affecte l’honneur du pays et la valeur de la parole du gouvernement français au niveau international. De plus, tout le monde comprend que l’excuse officielle du celui-ci, que le montant de la pénalité ne serait payé que par « le gouvernement français », et non les contribuables, ou la population active du pays, n’est que rhétorique. Et même si l’on prenait en compte les injections dans le budget français des montants de la vente des “Rafales” à l’étranger, l’intérêt de ces ventes devient très relatif, si cet argent est dépensé plus tard pour compenser les dommages à la Russie dans l’affaire “Mistral”.

 
Les Français ironisent sur le fait que, bien sûr, le «le gentil contribuable français est si docile et compréhensif ! Ce n’est pas grave, c’est l’État qui paie ». Sur l’un des forums Internet Alex_Cei, par exemple, laisse les commentaires suivants sur la décision de ne pas livrer les “Mistrals” à la Russie : “Là, comme toujours chez le président français, c’est une décision du milieu, qui fait encore perdre la face à notre pays ! Il ne connait ni le judo, ni le jeu d’échecs… sans doute préfère-t-il les balades en scooter…. J’ai honte d’une telle décision ! ”

 
Mais faut-il tout noircir ? En effet, compte tenu de la décision unilatérale de la France de rompre le contrat, la Russie aurait pu exiger encore plus de compensations que 1,163 milliards d’euros. En même temps, la France aurait pu catégoriquement refuser de payer les pénalités, en continuant obstinément à motiver sa décision par la “force majeure” politique, qu’est la crise en Ukraine. Malgré cela, les deux parties tentent de ne pas rajouter d’huile sur le feu ou d’aller vers une confrontation inutile entre les deux pays, trouvant une issue acceptable pour tous sur le conflit “Mistral”. En outre, si l’information des conditions de ce nouvel accord se confirme au niveau étatique la semaine prochaine et que la somme de pénalités s’élève à 1,163 milliards d’euros, cela signifierait que, en fait, la Russie ne serait pas la plus perdante. Le montant minimum des réparations devrait être payé en euro dont le véritable équivalent en roubles a augmenté au cours de deux ans de plus d’un tiers…

 
À l’heure actuelle, il est encore difficile de savoir si la France a le droit de vendre des porte-hélicoptères construits pour les Russes aux autres pays, ou si c’est bien le cas, le contrat prévoit-il la liste des acheteurs potentiels ? Le canal officiel à Paris refuse de commenter les accords obtenus, avant la signature des documents finaux la semaine prochaine.

 
// Elena Razvozzhaeva, correspondante du quotidien “Nevskoe vremya” en France, publié le 1 Août 2015:
http://nvspb.ru/stories/rossiya-i-franciya-dogovorilis-o-sudbe-mistraley-58369

Leave a Reply